
Gérer les coliques du nourrisson à l’étranger quand on est déjà parent d’un jeune enfant : un défi
Cet article traite d’une situation particulièrement déstabilisante, rarement abordée car souvent banalisée. C’est celle de s’occuper d’un nourrisson souffrant de coliques en expatriation, tout en s’occupant d’un aîné encore jeune. La situation concerne de nombreux expatriés. Il faut dire qu’il ne s’agit pas d’une mince affaire, puisque déjà dans son pays d’origine, en France par exemple, le corps médical peut souvent dire
« ça passera, c’est normal, allez courage !«
Cette sensation du normal sans aucune solution réellement efficace, peut rapidement laisser les parents dans un sentiment d’impuissance apprise. Cela se manifeste par des réflexions comme :
« quoique je fasse, quelle que soit l’aide que je demande, de toute façon la situation ne changera pas ! «
Si cette période peut déjà être difficile en France, elle prend une tout autre tournure en expatriation. S’expatrier avec des enfants peut être une aventure extraordinaire mais les ressources nécessaires pour s’adapter peuvent vite être saturées. Ces ressources ne dépendent pas que de facteurs individuels. C’est tout le contexte qu’il faut considérer. En effet, malgré la préparation, l’organisation et le soutien à distance, une succession d’inattendus peut vite déséquilibrer ce que les expatriés avaient mis tant de temps à créer.
Dans un contexte d’expatriation, d’isolement et de perte de repères, le rêve ou l’idéal imaginé peut alors se transformer en « cauchemar ». C’est ce que certains expatriés doivent surmonter dans l’urgence, dans le stress, alors même qu’ils sont déjà en phase d’adaptation et loin de leurs repères.
La culpabilité des parents dont l’enfant souffre de coliques

Si de nombreux nouveau-nés souffrent de coliques, il n’en est pas moins vrai, que beaucoup de parents vivent cette expérience comme étant extrêmement éprouvante. Vécue à l’étranger, entre le manque de repères médicaux, l’éloignement du réseau de soutien habituel et l’adaptation à un nouveau rythme de vie, les premières semaines peuvent devenir « un enfer ».
Bien souvent, la culpabilité vient aggraver le malaise. Elle peut être multiple : vis-à-vis du bébé que les parents expatriés n’arrivent pas à soulager, vis-à-vis de l’ainé.e qu’ils ne peuvent pas apaiser, vis-à-vis du partenaire, d’eux-mêmes…
Comment faire face à cette période intense avec bienveillance ? Voici quelques pistes.
Comprendre les coliques : quand les pleurs laissent place à l’impuissance

Les coliques du nourrisson, bien que considérées comme bénignes, sont source d’angoisse et d’épuisement pour de nombreux parents. Ils sont confrontés à un sentiment d’impuissance apprise face à ces pleurs et ces cris qu’il n’est pas possible de calmer.
Ils s’épuisent à essayer toutes les méthodes possibles pour calmer leur bébé, mais rien ne marche. Et chaque jour, souvent à la même heure, en fin de journée, les cris reprennent durant plusieurs heures non-stop !
Les parents démunis, recherchent une aide médicale et se posent mille et unes questions sur les causes et les solutions possibles. Ils sont alors confrontés à une réalité bien déstabilisante. Les conseils sont souvent différents ou opposés d’un médecin ou d’une sage-femme à l’autre !
La parentalité est une question de culture

Si ces conseils contradictoires sont proposés au sein d’un même pays, il existe des « façons de faire », des façons d’aborder les coliques, le bébé et le rôle des pères et des mères, diamétralement opposés en fonction des pays. De même, si certains pays, cultures développent des réseaux solides, familiaux, de femmes autour des jeunes mamans, dans d’autres pays, d’autres familles, on élève ses enfants seuls avec très peu d’appui…
Confrontés parfois à un « choc culturel« , les parents peuvent être encore plus déstabilisés. Progressivement, il peuvent perdre confiance au corps médical et en eux-mêmes.
Ils ne savent plus qui croire, et doutent de leur propre connaissance de leur bébé. Certaines mamans, ne se font plus confiance, et trouvent des causes qui leur seraient attribuées. Le tout ajoutant de la souffrance et de l’anxiété, aggravant la situation.
L’impact sur la dynamique familiale avec un aîné

Avoir un jeune enfant à la maison, c’est déjà une logistique à part entière. Quand un bébé avec des coliques s’ajoute et pleure plusieurs heures par jour, l’aîné peut se sentir délaissé, incompris, frustré ou abandonné. Cela est particulièrement le cas, quand il doit s’adapter à la venue d’un nouveau petit frère ou sœur, à un nouveau pays, nouvelle langue, un nouveau lieu de vie.
Le parent qui reste à la maison et aimerait aussi donner son soutien à l’ainé, oscille alors entre culpabilité, épuisement, sentiment d’impuissance et solitude.
Trouver un équilibre dans un pays étranger

Trouver un équilibre et reprendre confiance en sa capacité à être un « bon parent », devient essentiel pour préserver le bien-être de tous.
Voici quelques stratégies utiles :
Impliquer l’aîné dans les soins
Donner un rôle à l’enfant plus grand (passer une couche, apporter un doudou, chanter une chanson) peut le responsabiliser et réduire les tensions. Il se sent utile, valorisé et plus connecté au bébé et à son parent.
Créer des moments exclusifs
Même 10 minutes de jeu, de lecture ou de câlins peuvent suffire à maintenir un lien fort avec l’aîné. Le nourrisson peut attendre (dans un transat ou dans les bras de l’autre parent, si possible) pendant ce moment précieux.
Voir le chaos vécu comme une étape
Accepter que cette phase soit temporaire est essentiel sans pour autant rejeter la réalité de la souffrance vécue. Tout ne sera pas parfait, et c’est normal. Mettre en pause certaines attentes (maison impeccable, repas élaborés, activités quotidiennes…) permet de garder de l’énergie pour l’essentiel.
Naviguer dans le système de santé local
L’une des grandes difficultés à l’étranger est d’identifier les bons interlocuteurs pour la santé de ses enfants. Voici quelques conseils pour s’y retrouver :
• Renseignez-vous avant l’arrivée : trouver des groupes de parents expatriés sur les réseaux sociaux ou des forums permet d’anticiper les ressources médicales locales (pédiatres, pharmacies, produits disponibles…).
• Cherchez un pédiatre anglophone ou francophone si la langue est une barrière. Cela évite le stress des mauvaises compréhensions en consultation. Des Visio-consultations peuvent également être utiles.
• Notez les équivalents des produits (gouttes anti-coliques, probiotiques, tisanes adaptées) car ils changent d’un pays à l’autre.
Créer un cercle de soutien… même loin de chez soi
Être loin de sa famille, de ses amis ou de son entourage médical rend la gestion des coliques d’autant plus éprouvante. Pourtant, il est possible de reconstruire un réseau :
• Rencontrer d’autres familles expatriées : elles partagent souvent les mêmes défis et peuvent devenir un soutien précieux.
• Utiliser les ressources en ligne : certaines applications ou sites proposent des téléconsultations avec des professionnels francophones
• Parler ou écrire : à ses amis, son ou sa partenaire, sa famille, amis. D’autres parents traversent cette épreuve, et ceux qui racontent après coup, avoir tout garder pour eux, le vivent souvent plus mal et s’en remettent plus difficilement.
• Ne pas hésiter à demander de l’aide, même ponctuelle (garde partagée, échange de services entre familles…) sans oublier qu’il n’y a rien qui cloche avec vous expatriés, c’est toute la situation qu’il faut regarder !
En conclusion : faire de cette épreuve une nouvelle force

Les coliques du nourrisson sont une étape difficile, encore plus lorsqu’on est à l’étranger avec un autre jeune enfant. Pourtant, cette période peut aussi renforcer les liens familiaux, développer des compétences parentales précieuses et ouvrir la porte à de nouvelles solidarités.
Accepter de ne pas tout maîtriser, se montrer indulgent avec soi-même et chercher le soutien là où il est accessible sont autant de clés pour traverser ce moment avec sérénité – ou du moins avec un peu moins de fatigue.
Ces conseils toutefois ne sont pas suffisants lorsqu’on est déjà dans cet état d’impuissance apprise pouvant conduire à une dépression. Des aides sont toujours possibles dans sa langue maternelle, même à distance.
Article rédigé par Alexandra Milazzo, neuropsychologue, maman expatriée, thérapeute sophrologue, évaluatrice scientifique – correctrice pour Enfances&Psy

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