retour après expatriation difficile

L’expatriation est souvent associée à l’ouverture, à la découverte, à une forme d’élan vers l’ailleurs, vers de nouvelles opportunités. Le départ concentre les regards, les encouragements, parfois même une certaine admiration.

À l’inverse, le retour au pays peut être perçu comme une évidence, un simple retour à la normale. Pourtant, pour de nombreux expatriés, le retour après une expatriation peut être émotionnellement plus complexe que le départ. Cette période peut s’accompagner d’un sentiment de décalage, de perte de repères ou d’un malaise difficile à expliquer et parfois vécu dans une grande solitude.

Le retour d’expatriation n’est pas un simple retour en arrière

Partir à l’étranger s’inscrit généralement dans un projet : professionnel, personnel ou familial. Le retour, lui, survient souvent dans un autre contexte.

Il peut être motivé par des des contraintes extérieures à soi : une fin de contrat professionnel, un accident, la maladie, un rapatriement d’urgence ou par des causes d’ordre émotionnel et physique : le sentiment d’être arrivé au bout d’un cycle, la fatigue accumulée, le manque du pays, l’envie d’ailleurs.

Même lorsqu’il est choisi, de nombreux expatriés vivent le retour d’expatriation comme un renoncement, une rupture ou une marche arrière plus que comme une continuité.

Contrairement au départ, cette étape bénéficie plus rarement d’un véritable temps de « préparation psychique ». L’idée implicite est que « tout ira mieux une fois rentré », comme si retrouver son pays suffisait à retrouver immédiatement ses repères. De nombreux expatriés notamment des enfants peuvent aussi idéaliser le retour et se retrouver perturbés lorsqu’ils se rendent compte que ça n’est plus comme avant.

Revenir dans son pays après une expatriation : un sentiment de décalage fréquent

L’un des chocs du retour d’expatriation tient à une réalité souvent sous-estimée : le pays quitté n’est plus exactement le même. Les souvenirs que l’on en avait ne collent plus pleinement avec la nouvelle expérience du pays. Les proches ont évolué, les rythmes sociaux ont changé. Certaines références ne sont plus partagées et parfois on est face à une sensation d’éloignement alors que l’on recherchait le rapprochement. C’est un choc pour un certain nombre d’expatriés qui s’expriment sur le sujet. 

Ça l’est d’autant plus que ce qui a profondément changé c’est aussi l’expatrié. En effet, rien n’est exactement comme avant, à commencer par cette nouvelle expérience du pays qui est celle d’un retour après une expatriation.

L’expérience de la vie à l’étranger transforme le rapport au temps, aux relations, aux valeurs et à l’identité et aux corps. Ce qui paraissait évident ne l’est plus. De nouveaux besoins peuvent se développer et d’autres être abandonnés. Ce décalage peut créer un sentiment d’étrangeté dans un environnement pourtant familier, donnant l’impression de ne plus vraiment être à sa place, ni d’être compris. En effet, les attentes sociales sont elles aussi opposées entre le départ et le retour au pays. Il est en effet difficile pour ceux restés, n’ayant pas d’expérience de l’expatriation de pouvoir se représenter le bouleversement que cela peut créer. 

Le mal-être du retour d’expatriation est peu reconnu socialement

Alors que les difficultés liées au départ à l’étranger sont relativement admises, les difficultés psychologiques du retour d’expatriation le sont beaucoup moins. La culpabilité vécue par les expatriés peut être source de tabou. 

« Je ne peux pas en parler sinon ils vont croire, que je ne suis pas contente d’être rentré.e » 

« Ils vont me trouver bizarre si je dis la vérité de mon ressenti, ce qui ne fera qu’aggraver mon sentiment d’être en décalage »

Il est en effet souvent attendu que la personne rentrée se montre soulagée, reconnaissante et rapidement fonctionnelle. Souvent les proches s’attendent à la même joie que celles qu’ils pourraient ressentir et peuvent être déroutés du malaise voire du choc que le retour peut engendrer. Les phrases comme « tu dois être content d’être rentré » ou « maintenant tout va rentrer dans l’ordre » laissent en effet peu de place à l’expression d’un malaise.

Lorsqu’il existe un manque de reconnaissance de la part des proches, cela peut renforcer :

• un sentiment d’isolement,

• une culpabilité difficile à partager

• une mise sous silence du vécu émotionnel.

Retour d’expatriation et identité : une période de recomposition

À l’étranger, l’identité d’expatrié structure l’expérience : elle donne un cadre, explique les différences et autorise une forme de décalage.

Au retour, cette identité peut disparaître brusquement, sans être immédiatement remplacée. On s’attend au contraire à ce que l’expatrié.e soit « comme à la maison », sans décalage notable.

Il peut alors apparaître une période de flottement identitaire, marquée par des questions profondes :

Qui suis-je maintenant ?

Que faire de cette expérience ? Pourquoi est ce que je ne me sens plus vraiment à la maison ?

Comment me projeter à nouveau ici ?

Ce processus est fréquent est souvent mal compris, minimisé et peu abordé.

Le retour après une expatriation comme processus de transition et de deuil

Rentrer dans son pays après une expatriation, c’est aussi faire le deuil :

• d’un quotidien construit ailleurs,

• de relations parfois très investies 

• d’une version de soi développée à l’étranger

Mais aussi d’opportunités qui se ferment… Même lorsque l’expatriation a été difficile, elle laisse une empreinte psychique et affective durable. Comme toute transition majeure, le retour nécessite du temps, de l’élaboration et parfois un accompagnement.

Il ne s’agit pas de revenir en arrière. Ce n’est pas possible, mais on peut composer avec ce qui a changé, à commencer par ce nouveau regard et rapport à son pays, à ses proches et à soi-même.

Ces processus ne sont pas des phénomènes isolés et sont vécus par d’autres expatriés qui rentrent dans le pays. 

Pourquoi le retour au pays est parfois plus difficile que le départ ?

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Si le retour au pays après une expatriation est parfois plus difficile que le départ, c’est au fond parce qu’il mobilise des enjeux profonds : l’identité, l’appartenance, la continuité de soi, les deuils. 

Reconnaître ces mécanismes permet de sortir d’une lecture en termes d’échec ou de fragilité. Comprendre ce qui se joue et accepter que le retour soit une étape à part entière du parcours d’expatriation ouvre la voie à une réappropriation plus apaisée de cette nouvelle phase de vie.

Questions fréquentes sur le retour d’expatriation

Le retour d’expatriation peut-il provoquer un mal-être durable ?

Oui, notamment lorsqu’il s’accompagne d’un sentiment de décalage, d’une perte de repères ou d’une difficulté à se projeter sans que l’on ne puisse l’exprimer. Si ce malaise est difficile à accepter, culpabilisant ou peu écouté, il peut durer plus longtemps. Mais dans la majorité des cas, ce mal-être est transitoire. Il mérite néanmoins d’être reconnu et accueilli pour ne pas s’installer dans la durée.

Combien de temps faut-il pour se réadapter après un retour au pays ?

Il n’existe pas de durée unique. Pour certains expatriés, quelques mois suffisent ; pour d’autres, la phase de réajustement peut s’étendre sur un an ou davantage, selon le vécu de l’expatriation et les conditions du retour. De plus, lorsque l’expatriation se fait en famille, cela dépend également du vécu de toute la famille liée à ce retour, ce qui peut complexifier le vécu

Conclusion – Accueillir la complexité psychologique du retour d’expatriation

Beaucoup de personnes rentrées d’expatriation pensent qu’elles devraient « aller bien » rapidement. Or, le retour bouscule souvent des équilibres profonds, sans toujours laisser de mots pour les dire.

Accueillir ce qui se vit : la nostalgie, la confusion, la fatigue ou le sentiment d’étrangeté, constitue déjà un premier pas thérapeutique. Ce n’est pas le retour en lui-même qui est difficile, mais ce qu’il révèle et remet en mouvement en nous. 

Prendre le temps de traverser cette phase, seul.e ou accompagné.e, permet de transformer le retour en un espace de réajustement et de continuité, plutôt qu’en une expérience de perte non reconnue.

Rédigé par Alexandra Milazzo psychologue – neuropsychologue sophrologue thérapeute spécialisée en mobilité internationale pour enfants, adultes, familles

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